Annie Samuelson | Presse Paris International
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PRESSE

Paris International

Paris international – hiver 2007
par Françoise Puvis de Chavanne
ANNIE SAMUELSON : LA QUADRATURE DU CERCLE

La terre est ronde, la lune, le ventre d’une femme enceinte, figure géométrique mythique, sans fin ni commencement , le cercle reprend l’éternel cycle de la vie, avec le dernier souffle, la boucle est bouclée, l’histoire ne meurt jamais.
En inscrivant son œuvre dans la sphère, Annie Samuelson nous fait tourner en rond, autour d’angoisses, celles de la continuité, de l’éternité et celles de l’intériorité et de l’extériorité. Un tout sans aspérité, lisse, blanc, monochrome généralement.

Annie Samuelson, pi = 3,1415926…

Soit le rapport constant de la circonférence du cercle à son diamètre, un nombre transcendant infini, lettre grecque « PI » posée comme une signature au bord d’une œuvre.
Cette tourangelle aînée d’une famille nombreuse, fille d’agriculteurs, petite fille angoissée et studieuse, se rassure en étudiant, passe une maîtrise d’économie, s’envole pour New York où elle enseigne les mathématiques. Avec François, son mari depuis vingt-cinq ans, agent artistique et littéraire, elle côtoie le monde de l’art. Ainsi naît une vocation qui sommeillait en elle.

De retour en France, dans cet atelier prédestiné, mitoyen d’une maison de rêve aménagée avec tact et sobriété, Annie mène une tranquille vie de quartier , a ses habitudes dans l’excellent bistrot du coin, vaque à ses occupations de mère de famille doublée d’une artiste curieuse, ouverte à toute découverte, toute rencontre.

Les matériaux varient en fonction du sujet, de l’humeur . A la terre succède le métal, le bronze puis les mélanges avec l’albâtre d’une blancheur lunaire parfaitement polie au propre comme au figuré, tant ces têtes , corps, sphères ont un caractère révérencieux. Il faut les approcher mais ne pas les brusquer, prendre des gants. Apparemment fragiles, ces sculptures cachent ou révèlent une solide armature, résistent au temps mais en portent les stigmates, de fines cicatrices.

Noire, dressée, une sirène tient enroulée dans son socle tronc un parchemin. Un laissez-passer pour l’éternité.

Ordonné, avec sa chambre monastique, l’atelier respire et inspire la méditation, voire le recueillement. « Petites âmes », « Ciel intime », « Barque de vie », « Ames en boucle » soit des compositions avec parfois des incrustations de laine, écorce, lichens, des visages pâles aux arrondis gracieux, ensemble pour un dernier voyage au royaume des ombres avant de franchir l’Archéron, gardé par Charon. Une interprétation mythologique suggérée par ces masques immobiles, énigmatiques, figés, proche d’Isis et d’Osiris, immatériels et réels. On peut voir des Pierrot, des gens de la lune ou des cosmonautes distants, étrangers mais reliés par des fils arachnéens qui soit les rapprocheront soit casseront. Sereines, apaisées, ces figures expriment un aboutissement, après une vie pleine de perturbations et échappent ainsi au tragique.

Annie Samuelson aime la musique, le soleil, la mer, la tempête et l’accalmie, la terre, ses produits, ses fruits. Cette raisonnable épicurienne a un jardin secret, au propre comme au figuré. Petit carré de verdure, posé au centre de sa maison, comme tombé du ciel, il est le centre autour duquel gravite la famille et s’inscrit dans le cercle de la vie.